Allocution de Sa Béatitude Eminentissime

le Cardinal Patriarche Nasrallah Boutros Sfeir

à l’occasion de l’ouverture de la 41ème session de l'APECL


 

 

Eminence, Béatitudes,

Mères Générales, Pères Généraux,

Révérends Pères, Chers Frères,

Avec toute ma considération la plus distinguée, je vous adresse mes salutations et je commence mon allocution en citant les noms des nouveaux membres de cette Assemblée, en remplacement de ceux dont le mandat vient d’expirer. Les nouveaux membres sont:

a) Père Elie Madi, Supérieur Général de la Congrégation des Missionnaires libanais maronites qui remplace le Père Khalil Alwan.

b) L’Archimandrite Jean Faraj, Supérieur Général de l’Ordre Basilien Salvatorien qui remplace l'Archimandrite Sleiman Abou Zeid.

c) L’Archimandrite Semaan Abdel Ahad, Supérieur Général de l’Ordre Basilien Choueirite, en remplacement de l'Archimandrite Boulos Nazha.

d) L’Archimandrite Najib Toubji, Supérieur Général de l’Ordre Basilien Alépin, qui prend la place de l'Archimandrite Séraphim Kasabji.

e) Membres de l'Assemblée des Supérieures Générales:

-     Mère Daniella Harrouk, Supérieure Générale de la Congrégation des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, et présidente de l'Assemblée des Supérieures générales.

-     Mère Thérèse Roukoz, Supérieure Générale de la Congrégation Basilienne Salvatorienne.

-     Mère Souhayla Bou Samra, Supérieure Générale des Sœurs du Bon Pasteur.

-     Sœur Yasmine Azar, Conseillère des Sœurs de la Mère de Dieu au Liban.

Nous demandons à Dieu d'accorder à chacun des Pères Généraux et à chacune des Mères Générales le succès dans leurs missions, dans leur vénérable communauté respective.

Notre session de cette année porte sur le thème "l'Eglise et le Financement" et sur diverses questions administratives. Comme ce thème comporte quelques difficultés, l’Eglise est tenue de l’aborder avec une grande vigilance. L'Eglise a, certes, grand besoin d'argent pour pouvoir s’acquitter des tâches qui lui incombent en tant qu’Eglise : s'occuper des écoles, des hôpitaux, des orphelinats, et bien d’autres projets d’intérêt général conçus pour le bien des individus et des communautés. C'est là son devoir et c'est là sa vocation. Dès ses débuts et jusqu'à maintenant, l'Eglise s'était occupée et continue de s’occuper des pauvres et des handicapés. Lorsqu'un jeune riche s'approcha de Jésus lui disant: "Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? " ; Jésus lui dit: "Garde les commandements", et Il les lui cita. Alors le jeune répondit: "Tout cela je l'ai observé dès ma jeunesse". Jésus lui dit: "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi!" (Mt 19:16-22). Juste après l’épisode du jeune riche, vient la parole du Christ sur le danger des richesses. Il dit: "Il est difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux". Des saints ont bien vu les risques que fait courir l'attachement à l'argent et aux richesses. Parmi eux, Saint Jean Bosco qui, à la fin de chaque journée jetait par la fenêtre l'argent qui lui restait. Prouvant ainsi sa confiance en la divine Providence qui envoie aux oiseaux leur nourriture. Voici ce que nous apprend le Divin Maître, dans l'Evangile selon Saint Matthieu: "Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent point dans les greniers; et votre Père céleste les nourrit!" Et il ajoute: "Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux?" (Mt 6:26).

Oui, l'argent est nécessaire pour notre vie quotidienne, mais s'y attacher et l'empiler par amour pour lui constitue un danger. Autrefois, on a dit: "L'argent est un bon serviteur mais un mauvais maître". Il y a aussi un proverbe très courant concernant les personnes qui se font humilier au lieu de dépenser pour subvenir à leurs besoins: "Plutôt avilir mes sous que ma personne".

Œuvrer afin de trouver des ressources pour le financement des projets d’Eglise doit être pour nous une préoccupation, tant que nous sommes sur terre. L'Eglise possède des terrains qu'il faut savoir bien exploiter, des propriétés qu'il faut savoir gérer avec sagesse et compétence, des projets qu'il faut pouvoir financer pour les réaliser et les faire prospérer. C'est la raison pour laquelle nous débattrons des résultats du suivi et de la coordination entre les organisations non gouvernementales, de la caisse pour le soutien des écoles catholiques, de la nécessité de consacrer un certain pourcentage des revenus des biens de mainmorte (wakfs)  pour aider les nécessiteux. Nous avons aussi besoin de caisses d'investissement et d’une bonne gérance des biens. La gérance des biens se trouve souvent en butte à des écueils qu’il faut chercher à éviter en affectant quelques clercs, surtout des congrégations, à la gérance financière de communautés et administrations relevant de l’Eglise; ou au moins, en confiant cette mission à des personnes qualifiées et compétentes, et qui possèdent une longue expérience ainsi qu'une bonne réputation et qui soient des personnes de haute conscience.

Bien que l'argent n'ait jamais été un moyen pour la mission du clergé, il présente cependant un grand risque. Le Christ était très clair quand il a dit: "Nul ne peut servir deux maîtres; ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent" (Mt 6:26). C'est la raison pour laquelle la règle de la vie religieuse insiste sur les trois vœux: chasteté, obéissance et pauvreté. Il était dit autrefois: "L'argent est matière à concupiscence". Plus on est riche, plus on a des désirs, de bons et de mauvais et on répudie bien des vertus et surtout la modestie, la sobriété et l'abnégation. Dans son livre, "Ala Ahed el Amir" (Du temps de l’Emir), le célèbre écrivain Fouad Aphram Al Boustani raconte une anecdote qu'il n’est pas inutile de rappeler. Dans la cour du palais du prince Bachir, il y avait un bassin. Le prince avait l’habitude d’inviter quelques jeunes à venir exécuter, devant lui, quelques prouesses: sauter, par exemple, par-dessus le bassin, d'un bout à l'autre, sans tomber dans l'eau. A tour de rôle, les jeunes hommes commencèrent la compétition, mais la plupart tombèrent dans l'eau, sauf un. Le prince l'interpella et lui ordonna de défaire sa ceinture, ce qu’il fit. Le prince découvrit que le jeune cachait une bourse d'argent sous la ceinture; il lui demanda de l'ôter et de sauter de nouveau par-dessus le bassin. Le jeune homme obéit mais cette fois-ci il tomba dans l'eau.

La morale est bien claire: L'argent fournit à l'homme de l'énergie, de l’orgueil et de la fierté. C'est pour cette raison, que le Seigneur a ainsi parlé de l'argent, et que la plus importante obligation de la vie religieuse est le renoncement à l'argent. N'empêche que l'argent est indispensable à tous les services de la vie. On demanda, un jour, à Napoléon: "Que faut-il faire pour gagner la guerre? Trois choses, répondit-il: l'argent, l'argent, l'argent".

Il faut toujours se rappeler que l'argent est un moyen inéluctable pour se procurer les nécessités de la vie et pour entreprendre d'utiles projets, mais il n'est jamais adoré sinon il remplacerait Dieu. Or, rien au monde ne saurait remplacer Dieu. Que Son nom soit béni pour les siècles des siècles