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Allocution de Sa Béatitude Eminentissime
le Cardinal Patriarche Nasrallah Boutros Sfeir
à l’occasion de l’ouverture de la
40ème session
de l'APECL
Béatitudes,
Excellences,
Révérendissimes Pères et Mères généraux,
Révérends Pères,
Frères,
Au nom du Seigneur
Jésus, nous vous saluons tous d’un salut de fraternité, d’amour et de respect et
nous demandons à Dieu, par l’intercession de Sa Très Sainte Mère, la Vierge
Marie, qu’Il nous inspire lors de cette 40ème session de notre
Assemblée pour travailler selon Son enseignement divin et pour avancer à la
lumière de Son Saint Evangile. Nous saluons tout particulièrement, Mgr Luigi
Gatti, Nonce Apostolique au Liban, qui participe avec nous à la séance
d’ouverture de cette session.
Le thème de la
session de notre Assemblée cette année est la paroisse: «La paroisse et le
travail pastoral: Formation chrétienne des Adultes». C’est, nous le croyons, un
thème important et vital pour la vie spirituelle de nos paroisses et des
fidèles.
Nous nous demandons
qu’est- ce que la paroisse, quels sont ses éléments et qu’est ce que le travail
pastoral? Sur quoi se base-t-il? Qu’est ce que la formation chrétienne? Sur quoi
se fonde-t-elle? Nous allons essayer de répondre à ces questions en nous
appuyant sur ce qui a été mentionné dans les canons des Eglises Orientales, le
Concile Vatican II et sur ce que nous apprend l’expérience vécue.
1.
La paroisse, selon le canon
279 des Eglises Orientales, est: «une communauté donnée de fidèles, établie dans
un diocèse donné d’une façon permanente. Le soin pastoral y est confié à un
pasteur». Le canon suivant cite: «La paroisse est généralement locale,
c'est-à-dire qu’elle embrasse tous les fidèles d’une région donnée. Il y a
cependant des paroisses personnelles qui comprennent des fidèles d’une
nationalité ou d’une langue données ou qui appartiennent à une Eglise jouissant
d’une autonomie».
2.
Le travail pastoral est le
soin pastoral et spirituel offert aux fidèles d’une paroisse donnée, comme le
berger qui assure à son troupeau la nourriture, la direction et les soins dont
il a besoin. Il incombe au pasteur d’une paroisse d’assurer aux fidèles la
nourriture spirituelle quotidienne. Ceci lui demande une vigilance permanente,
une attention complète et une vigueur persévérante.
Parmi les
obligations du pasteur, celle de conseiller, de guider, de prêcher et, en cas de
besoin, de réprimander, comme le dit Saint Paul dans l’épître à son disciple
Timothée: «Proclame la Parole, insiste à temps et à contre-temps, reprends,
menace, exhorte, toujours avec patience et souci d’enseigner».
Donc le pasteur est chargé d’assurer la catéchèse. Ceci, il doit le faire
personnellement ou par le biais d’éducateurs (ou d’éducatrices) à qui il fait
appel et qui auraient une bonne conduite et le vraie doctrine. Il ne peut pas
confier ce devoir à des infidèles comme le font certains responsables d’écoles.
Le principe là est connu: «Qui n’a pas, ne peut pas céder».
Outre
l’enseignement, le pasteur doit accomplir le devoir de la sanctification. Ce
dernier englobe la célébration des rites et particulièrement la messe,
l’administration des sacrements, la consécration d’un temps spécifique pour
écouter les confessions personnellement ou par l’intermédiaire de prêtres à qui
il a recours. Il doit aussi célébrer les prières de chœur et les processions
religieuses.
Il y a en plus le
devoir du gouvernement que seul un pasteur qui connaît sa paroisse peut
accomplir. Le Christ, ne dit-Il pas: «Je suis le bon berger, je connais mes
brebis et mes brebis me connaissent».
Cette obligation requiert que le pasteur anime la foi de ses paroissiens, qu’il
fasse des visites aux maisons et aux écoles et qu’il montre son amour paternel
aux malades, aux pauvres, aux rejetés et aux travailleurs. Il lui est demandé
d’agir selon ce que le prophète Ezéchiel dit du bon pasteur qui est Jésus
Christ: «Moi-même je ferai paître mon troupeau, moi-même le ferai coucher-oracle
du Seigneur Dieu. La bête perdue, je la chercherai; celle qui se sera écartée,
je la ferai revenir; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage;
la malade, je la fortifierai. Mais la bête grasse, la bête forte, je la
supprimerai; je ferai paître mon troupeau selon le droit».
3.
Qu’est-ce que la formation
chrétienne? C’est faire connaître à l’Homme, Dieu son Créateur, en lui parlant
de Lui et en enracinant dans son cœur la foi en Lui. Ce travail débute au sein
de la famille, continue à l’école et se renforce dans la société par la pratique
et en prenant connaissance de la vie de l’Eglise et des Saints. Il est
nécessaire que ce travail ne s’arrête pas mais accompagne les fidèles tant
qu’ils sont en vie.
Il faut que cette
formation s’adresse tout d’abord à la conscience pour redresser toute distorsion
et l’orienter vers le bon chemin. Il est mentionné dans le catéchisme de l’Eglise
Catholique qu’il est indispensable d’éduquer la conscience et de l’édifier:
L’édification de la conscience et l’illumination du jugement moral sont
obligatoires. La conscience éduquée est droite et crédible. Elle formule ses
jugements à la lumière de la raison et en accord avec le bien réel que veut la
sagesse du Créateur. Il est inévitable d’éduquer la conscience des êtres humains
soumis à des influences négatives et susceptibles de succomber à l’erreur de
préférer leur propre jugement, et de refuser l’enseignement de l’autorité
ecclésiale.
L’éducation de la
conscience est une tâche continue. Elle travaille dès les premières années à
éveiller l’enfant à la connaissance de la loi intérieure, c'est-à-dire la
conscience morale et à sa pratique. L’éducation sage enseigne la vertu et
préserve de la peur, de l’égoïsme, de l’orgueil, de l’amertume du sentiment de
l’offense et des tentations de propitiation et de flatterie. Elle guérit de tous
ces défauts provenant de la faiblesse humaine et des erreurs commises.
L’éducation de la conscience garantit la liberté et engendre la paix dans le
cœur».
La parole de Dieu
dans le processus de l’éducation de la conscience est la lumière qui montre le
chemin. Il nous faut nous imbiber d’elle par la foi et la prière, et la mettre
en pratique. Il nous faut encore, examiner notre conscience devant la croix du
Christ. Le Saint Esprit nous aide par ses dons, l’exemple de l’autre ou bien son
conseil nous aide et l’enseignement officiel de l’Eglise nous guide».
4.
Nous nous demandons: quel
est l’état, aujourd’hui, de l’éducation des adultes chez nous? Est-elle efficace
dans la vie quotidienne des fidèles, particulièrement dans la société où ils
vivent? C’est vrai il ya dans la plupart des diocèses des centres pour préparer
au mariage les couples futurs, les fréquentent pour un certain temps pour
prendre conscience des responsabilités que ce sacrement leur impose.
Cependant, la
formation des adultes aux questions religieuses chrétiennes chez nous pourrait
exiger plus d’attention qu’il ne lui est donné a présent. Nous ignorons s’il
existe dans certaines universités catholiques au Liban, des cours spécialisés en
la matière, à l’exception des cours religieux donnés à l’université Saint
Joseph. De plus, nous ne croyons pas que les laïcs qui suivent ces cours soient
nombreux, peut-être pensent-ils, une fois qu’ils ont passé les classes
secondaires, que ce qu’ils ont acquis est suffisant. Mais, cela est grande
erreur. Pour cette raison, nous voyons que beaucoup de nos laïcs ont acquis
d’immenses connaissances profanes tout en restant quasi illettrés quant aux
affaires de la religion et de la vie spirituelle. C’est ce qu’a signifié l’un de
nos grands auteurs, quand d’une manière humoristique, il a dit: «Ils sont de
grands érudits en les sciences séculières et des bêtes en les affaires de Dieu».
Nous nous demandons
aussi: Si les laïcs chez nous, plus particulièrement les politiciens, avaient
une connaissance suffisante des préceptes de la catéchèse et s’ils mettaient en
pratique dans leur vie politique quotidienne ce que leur apprend cette
catéchèse, se comporteraient-ils comme nous les voyons se comporter?
N’auraient-ils pas arrêté de se fusiller en paroles, et de se détester, de se
haïr et de se jalouser, de se combattre et d’avoir toute sorte de sentiments qui
n’ont rien à faire avec la fraternité ni avec le respect mutuel?
Le panorama
journalier que nous voyons, et le discours politique quotidien que nous
entendons surtout chez les politiciens chrétiens, sont à notre opinion loin de
ce qui est requis. Et au cas où il y aurait entre eux une animosité, qui ne doit
pas, en effet, être le Christ ne nous a-t-il pas demandé d’aimer nos ennemis?
L’apôtre Paul n’a-t-il pas cité le livre des proverbes quand il a dit: «Si ton
ennemi a faim, donne lui à manger, s’il a soif, donne lui à boire, ce faisant,
tu prendras, toi, des charbons ardents sur sa tête». Puis, d’ajouter: «Ne te
laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien».
Au Liban, il n’y a pas et ne doit pas y avoir d’ennemis, mais de frères. Et ce
n’est pas de cette manière que les frères se traitent. Nous remarquons tous que
le nombre de chrétiens diminue chaque jour sur cette terre qui a vu la naissance
du Seigneur Jésus, qui a témoigné de sa Vie et de sa Mort sur la croix et de sa
Résurrection. N’y aurait-il pas un moyen de rendre ceux qui se comportent si mal
conscients de la responsabilité qui leur incombe?
Voilà pourquoi, il
est nécessaire que la formation chrétienne accompagne le chrétien tout au long
de sa vie pour qu’elle l’assiste à préserver sa foi comme la levure dans la pâte
et à mettre en pratique la parole du Seigneur Jésus: «De même, que votre lumière
brille aux jeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions, ils rendent
gloire à votre Père qui est aux cieux».
Que Dieu garde
notre peuple chrétien dans sa foi. Qu’Il nous illumine par Son enseignement
divin rayonnant de Son Saint Evangile et qu’Il nous guide tous vers le bien et
le bonheur.
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