Discours de Son Excellence Mgr Luigi Gatti

Nonce Apostolique au Liban


 

Eminence, Béatitudes

Mes Frères dans l’épiscopat

Révérends Pères et Frères Supérieurs Majeurs

Révérends Sœurs Supérieures Générales

Chers frères et sœurs

C’est avec grande joie que je réponds à votre invitation pour participer à la Séance d’ouverture de cette 40ème session de l’Assemblée des Patriarches et Evêques catholiques du Liban dont le thème général «La paroisse» constitue un des soucis majeurs de Vos Eglises comme de l’Eglise universelle.

1.         En effet, en me référant aux travaux de la XXIème Assemblée plénière du Conseil Pontifical pour les laïcs en novembre 2004, et qui portait sur un thème semblable au vôtre: «redécouvrir le vrai visage de la paroisse», je lis que la base support de ce thème fut cette citation du Pape Jean-Paul II dans Christifideles laici n. 26.: «la paroisse constitue le dernier degré de la localisation de l’Eglise; c’est en un certain sens, l’Eglise elle-même qui vit au milieu de ses fils et de ses filles». La paroisse doit donc être considérée comme la «maison commune des fidèles», le «premier lieu de l’incarnation de l’Evangile» et ne peut être remplacée par aucun mouvement.

2.         Face aux souffrances que vit le peuple libanais, assoiffé à la paix, au vrai témoignage et à toute vérité, l’Eglise au Liban, pour renforcer la foi des fidèles, est invitée à faire revivre et afficher cette signification de la Paroisse, et à crier fort: «La victoire de la paix est certaine». Le matin de Pâques, les disciples ont découvert que l’amour l’avait emporté sur la haine, l’amitié sur la trahison, que le sens avait triomphé du non-sens, que le Dieu fort nous rend fort. Dans  une église d’Istanbul se trouve une très belle fresque du XIVe siècle qui représente le Christ ressuscité brisant les chaînes de la mort et libérant Adam et Eve. Quelles que soient les chaînes qui nous entravent, les défis qui nous menacent, nous pouvons nous réjouir et dire: «la victoire de la paix est certaine»

3.         Face aux multiples questions et interrogations pastorales et sociales qui nous perturbent, et face aux grands problèmes qui nous stressent, nous devons être conscients et admettre que l’Eglise aujourd’hui a, comme toute institution, un «problème d’image». Elle est perçue par un grand nombre de fidèles et de citoyens comme ennuyeuse, moralisatrice et à peu vivante. Mais pour y remédier, nous n’allons pas faire appel à un consultant ni chercher comment repositionner notre «produit» sur le marché. Le christianisme n’a rien à voir avec cela. En même temps, nos espoirs ne sont-ils pas centrés sur une image: le Christ, imago dei, image de Dieu? Le défi du christianisme aujourd’hui est de faire apparaître cette image, sa beauté, sa vitalité et son rayonnement.

4.         Ne faut-il pas sensibiliser nos paroisses à travailler dans ce sens? A chercher un visage qui nous sourit vraiment et qui nous voit vraiment? Les Psaumes sont remplis de ce désir, du désir de voir le visage de Dieu: «C’est ta face, Yahvé, que je cherche, ne me cache point ta face» (Ps 27).

Eminence, Béatitudes, chers confrères les Evêques, mes chers frères et sœurs dans le Christ,

5.         Jean-Paul II, lors de l’Audience accordée aux participants à la plénière du Conseil pour les Laïcs le 24 novembre 2004, a rappelé que «la paroisse a besoin de se renouveler en permanence pour devenir une ‘communauté de communautés’, capable d’une action missionnaire véritablement incisive». Et pour le devenir, il va sans aucun doute se fléchir devant cette certitude que la paroisse, unité de tout diocèse de l’Eglise, et se mettre en état de réforme permanente «Ecclesia semper reformanda: l’Eglise en réforme permanente». Que la paroisse ait besoin de réformes, ce n’est pas le signe d’un échec. Cela veut dire qu’elle est vivante, en route vers le Royaume. Ainsi la paroisse aura le souci de vivre et d’apparaître une communauté habitée par l’espoir et la joie.

6.         Si Jésus-Christ est tout pour le chrétien, si Jésus-Christ est l’amour fait homme, si Jésus-Christ est Dieu, alors comment ne pas exalter de joie? «Ceux qui T’aiment, qu’ils soient comme le soleil quand il se lève dans sa force» (Jg 5, 31). «Au milieu d’épreuves et de souffrances innombrables, mon cœur déborde d’une joie à le faire craquer», disait un ermite du Maroc, le père Peyriguère.

7.         Ne faut-il pas que tout paroissien sache que la joie porte un nom, et qu’elle se nomme Jésus-Christ? Saint Paul trouve sa joie jusque dans les souffrances qu’il endure à cause du Christ. Lorsque la souffrance a été vécue pour le Christ, alors elle ne peut que renforcer le lien avec Lui qui est source de sa joie: «Je m’épanouis dans les faiblesses, les humiliations, les épreuves, les persécutions, les angoisses endurées pour le Christ» (2 Col 12, 10).

8.         Je termine cette intervention avec les propos du Saint Père Benoît XVI, en septembre dernier, définissant la paroisse et son rôle dans le cheminement de l’Eglise. Pour lui «la paroisse a un rôle important à jouer pour favoriser la «communion» dans l’Eglise». Il repartait de la description de la première communauté chrétienne telle que la présente saint Luc dans les Actes des Apôtres: une communauté à l’écoute de la parole, assidue à la fraction du pain et solidaire. «Le renouveau de la paroisse, dit le Saint Père, ne peut jaillir uniquement d’initiatives pastorales – si utiles et opportunes soient-elles – et pas non plus uniquement de programmes élaborés en chambre. En s’inspirant du modèle apostolique, comme il apparaît dans les Actes des Apôtres, la paroisse ‘se’ retrouve elle-même dans la rencontre avec le Christ, spécialement dans l’Eucharistie. Nourrie du pain eucharistique, elle grandit dans la communion catholique, marche dans la pleine fidélité avec le magistère, et est toujours attentive à accueillir et discerner les différents charismes que le Seigneur suscite dans le Peuple de Dieu».

«C’est, insistait le pape, de l’union constante avec le Christ, que la paroisse tire vigueur pour s’engager ensuite sans cesse au service de ses frères, particulièrement les pauvres, pour lesquels elle représente de fait la première référence» (Zenit, 25 septembre 2006).

«Entente», «cohésion fraternelle», découlent de cette priorité de la vie spirituelle, et alors la paroisse peut vraiment être ce que Benoît XVI appelle une «famille des familles chrétiennes».

9.         En vous souhaitant un travail de réflexion approfondie pour le bien de vos paroisses et de toute paroisse, je rends grâce à Dieu pour l’occasion privilégiée qu’Il m’a offerte d’être témoin de votre «grande croyance qu’avec le Christ l’Eglise est ressuscitée, et que la pierre du tombeau ne se refermera plus».