Allocution du Mgr Ivan Santus, Chargé d'Affaires de la Nonciature Apostolique au Liban

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Eminence, Béatitudes,

Excellences,

Révérends Pères Supérieurs Majeurs,

Révérendes Mères Supérieures Générales,

Chers frères et sœurs,

C’est pour moi un grand honneur de représenter la Nonciature en cette 51ème Session de l’Assemblée des Patriarches et des Evêques Catholiques au Liban qui célèbre son Jubilé d’or. C’est un aboutissement qui reflète la constance et la persévérance dans le témoignage de la foi en Jésus-Christ dans cette partie de “terre sainte”. En même temps, cet aboutissement relate la collaboration dont chaque communauté a fait preuve, et qu’elle continue aujourd’hui encore à l’apporter à l’œuvre du Saint-Esprit, pour l’édification patiente du Royaume de Dieu.

 

Permettez-moi, tout d’abord, d’adresser mes sincères remerciements à son Excellence Mgr Gabriele Caccia qui a tant aimé ce Pays et cette Église et qui a été appelé par le Saint-Père à être son représentant aux Philippines.

Je souhaite aussi la « bienvenue » aux nouveaux membres de cette Assemblée, d’abord et avant tout à Sa Béatitude le Patriarche Youssef Absi, dernièrement élus Patriarches des Grecs Melkites, au Révérend Père Abbé Maroun Abou Jaoudeh de l’Ordre Antonin Maronite, au Révérend Père Abbé Maroun Chidiac de l’Ordre Mariamite Maronite et à la Révérende Mère Sylvestre El Alam, Supérieure Générale des Sœurs du Rosaire au Liban.

En cheminant vers le Nord, lors de mon premier pèlerinage à la Vallée Sainte, j’ai été invité à visiter le monastère orthodoxe Notre-Dame-de-Nourieh où j’ai trouvé, avec grande joie et stupéfaction, l’icône de Notre-Dame de la Source de la Vie, où la Vierge Marie tient son Fils Jésus dans ses bras. Cette icône représente la Vierge Marie à l’intérieur d’une fontaine de pierre d’où découlent trois sources d’eau. Dans cette icône, j’aimerais voir le lieu, l’action prophétique et l’image spirituelle de l’Église, comme le Saint Pape Jean XXIII aimait dire : « l’Eglise Catholique n’est pas un musée d’archéologie. Elle est la fontaine du village qui donne l’eau aux générations d’aujourd’hui, comme elle l’a toujours fait vis-à-vis des générations passées ».

L’Église vit au centre du village parce qu’elle peut être au service de tous et peut être un point de référence pour tous, comme l’a souligné à plusieurs reprises sa Sainteté le Pape François et comme il l’a rappelé, récemment, durant son voyage apostolique en Colombie, en s’adressant aux évêques du Pays : « Vous savez bien que Dieu est le Seigneur du premier pas et, à la plénitude des temps, il a voulu nous révéler le premier pas, le nom du premier pas, de son premier pas. Il s’appelle Jésus et il est un pas irréversible. Préservez donc, avec une crainte et une émotion saintes, ce premier pas de Dieu vers vous et, par votre ministère, vers les personnes qui vous ont été confiées, conscients que vous êtes, vous, sacrement vivant de cette liberté divine qui n’a pas peur de sortir d’elle-même par amour, qui n’a pas peur de s’appauvrir tandis qu’elle se donne »[1].

Outre le jubilé d’or de cette auguste Assemblée, le thème qui guide ces journées porte sur les questions pastorales et juridiques concernant le mariage et la famille. Cette dernière est une vraie fontaine qui étanche la soif et donne la vie à la société d’aujourd’hui : sans la famille, la société n’existerait pas non plus. « Pour la communauté chrétienne, la famille est bien plus qu’un ‘thème’ – dit encore le Pape François - : elle est vie, elle est tissu quotidien, elle est chemin de générations qui se transmettent la foi, et avec elle l’amour et les valeurs fondamentales, elle est solidarité concrète, efforts, patience, mais aussi projet, espérance, avenir. Tout ce que la communauté chrétienne vit à la lumière de la foi, de l’espérance et de la charité, n’est jamais gardé pour soi, mais devient chaque jour levain dans la pâte de la société tout entière, pour son bien commun le plus grand »[2].

Du point de vue juridique, Sa Sainteté le Pape François semble nous inviter à réfléchir, de nouveau, sur le rapport entre la conscience, la norme et l’acte, de sorte que le monde d’aujourd’hui retrouve l’importance de l’acte matrimonial comme résultat d’un discernement et d’un cheminement concret, non abstrait, établi selon les normes et comme expression de la conscience chrétienne qui désire construire la famille comme une Église domestique : « Nous avons besoin d’aider les jeunes à découvrir la valeur et la richesse du mariage. Ceux-ci doivent pouvoir percevoir l’attrait d’une union plénière qui élève et perfectionne la dimension sociale de l’existence, donne à la sexualité son sens entier, et qui en même temps promeut le bien des enfants et leur offre le meilleur environnement possible pour leur maturation ainsi que pour leur éducation […] L’une des causes qui conduisent à des ruptures matrimoniales est d’avoir des attentes trop élevées sur la vie conjugale. Lorsqu’on découvre la réalité, plus limitée et plus difficile que ce que l’on avait rêvé, la solution n’est pas de penser rapidement et de manière irresponsable à la séparation, mais d’assumer le mariage comme un chemin de maturation, où chacun des conjoints est un instrument de Dieu pour faire grandir l’autre[3].

Enfin, du point de vue pastoral, le Pape nous indique une triade de paroles de base : écouter, accompagner, rencontrer.

Écouter : une pastorale familiale ne peut avoir lieu sans le courage de perdre du temps en écoutant les jeunes d’aujourd’hui, leurs craintes, leurs désirs, leurs peines et leurs expériences. Dans un monde marqué par la communication et par la connexion permanente à une réalité virtuelle, les personnes ont besoin d’être écoutées, de trouver quelqu’un qui s’intéresse à elles et qui sait accueillir leur vécu.

Accompagner : la famille n’est pas une réalité figée et rigide, mais elle est une entité toujours en mouvement, qui vit et parcourt les chemins de ce monde avec toutes les peines et les tentations qui y sont afférentes. C’est pour cela que l’Église est appelée à accompagner les couples, avant, durant et après la célébration du mariage. Il faut accompagner « avant » pour que l’on prenne conscience des fondements du mariage, c’est-à-dire sur qui et sur quoi celui-ci repose.  Pour cela, il y a des parcours sérieux pour la préparation au mariage. Aussi faut-il envisager des parcours et des expériences impliquant les familles, afin de ne pas les laisser seules, de les aider à affronter les défis quotidiens de nature humaine, économique, sociologique et éducative. “L’accompagnement doit encourager les époux à être généreux dans la communication de la vie : Conformément au caractère personnel et humainement complet de l’amour conjugal, la bonne voie pour la planification familiale est celle d’un dialogue consensuel entre les époux, du respect des rythmes et de la considération de la dignité du partenaire […] La paroisse est considérée comme le lieu où des couples expérimentés peuvent se mettre à la disposition des couples plus jeunes, avec l’éventuel concours d’associations, de mouvements ecclésiaux et de communautés nouvelles. Il faut encourager les époux à s’ouvrir à une attitude fondamentale d’accueil du grand don que représentent les enfants. Il faut souligner l’importance de la spiritualité familiale, de la prière et de la participation à l’Eucharistie dominicale, en encourageant les couples à se réunir régulièrement pour favoriser la croissance de la vie spirituelle et la solidarité au niveau des exigences concrètes de la vie”[4].

Rencontrer : la vie du disciple missionnaire est marquée par le rythme que l’appel lui imprime ; la voix du Seigneur l’invite à abandonner le terrain de ses sécurités et à commencer le «saint voyage» vers la terre promise de la rencontre avec Lui et avec nos frères […] Le mot «ami» est devenu aujourd’hui un peu usité. Pourtant, nous savons qu’une connaissance superficielle ne suffit pas à réaliser cette expérience de rencontre et de proximité à laquelle se réfère le mot «ami»… Ensuite, quand c’est Jésus qui l’emploie, il indique une vérité qui dérange : il n’y a de véritable amitié que quand la rencontre m’engage dans la vie de l’autre jusqu’au don de moi-même… En même temps, Jésus libère l’amitié du sentimentalisme et nous la remet comme un engagement de responsabilité, qui engage la vie: «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jn 15, 13). Cela nous fait du bien de penser à ce que fait un ami: il accompagne mon chemin avec discrétion et tendresse, il m’écoute en profondeur et sait aller au-delà des paroles; il est miséricordieux à l’égard des défauts, il est libre des préjugés; il sait partager mon parcours, en me faisant sentir la joie de ne pas être seul; il n’est pas toujours d’accord avec moi, mais, précisément parce qu’il veut mon bien, il me dit sincèrement ce qu’il ne partage pas; il est prêt à m’aider à me relever chaque fois que je tombe[5].

Je voudrais conclure en reprenant le thème de l’occasion joyeuse du 50ème anniversaire de la fondation de l’APECL avec les paroles du Bienheureux Pape Paul VI qui, en faisant escale au Liban en 1964, quelques années avant la fondation de cette Assemblée, a ainsi décrit la vivacité de ce Pays, de ses habitants et de l’Église : “ Le Liban - il Nous est agréable de le dire en ce lieu - tient avec honneur sa place dans le concert des nations. Son histoire, sa culture, le caractère pacifique de ses habitants lui valent, on peut le dire, l’estime et l’amitié générales. Ses antiques et vénérables traditions religieuses, surtout, Nous semblent dignes d’être mentionnées par Nous avec éloge. Et Nous ne saurions oublier, en particulier, tout ce que représente, pour l’Eglise, la foi des populations chrétiennes libanaises, exprimée dans l’harmonieuse diversité des Rites, dans l’abondance et la variété des communautés religieuses et monastiques, dans de multiples activités d’ordre apostolique, éducatif, culturel ou charitable”[6].

Que la Vierge, Notre Dame du Liban, intercède pour nous et continue de bénir ce Pays.

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[1]. Pape François, Voyage Apostolique en Colombie (6-11 Septembre 2017), Rencontre Avec Les Évêques, Salle du Palais cardinalice (Bogotá), Jeudi, 7 septembre 2017.

[2]. Pape François, Message aux Participants à la 47ème Semaine Sociale des Catholiques Italiens, 2013.

[3]. Pape François, Exhortation Apostolique Post-Synodale Amoris Laetitia, 19 mars 2016, nn. 205, 221.

[4]. Pape François, Exhortation Apostolique Post-Synodale Amoris Laetitia, 19 mars 2016, nn. 222.

[5]. Pape François, Discours aux participants au 75e Congrés de Serra International, 27 juin 2017.

[6]. Pape Paul VI, Salut au Président de la République du Liban, Aéroport de Beyrouth, mercredi 2 décembre 1964.